La place du corps dans les apprentissages à la Lab School Paris, par Caroline Nilles

Un éveil corporel ?

8H46. La journée commence à la Lab School. Toujours de la même façon.

Les élèves s’installent en cercle et prennent connaissance du programme de la journée.

L’un d’entre eux présente ensuite au reste du groupe un sujet dont il a envie de parler. Cela peut être très varié: une sortie avec ses parents, un film, une expérience scientifique. C’est le “Quoi de neuf ?”.

8h58. Pour vraiment bien démarrer la journée, l’éveil corporel est une étape indispensable.

Se réveiller, développer sa vitalité, mais aussi ses capacités attentionnelles et sa concentration, c’est l’objectif recherché en pratiquant tous les matins un exercice différent mettant en mouvement les enfants.

En effet, apprendre passe par le corps : yeux, oreilles, mains et tous les muscles posturaux pour adopter une position propice au travail.

Car, assurément, l’activité intellectuelle est une activité sensori-motrice. Il n’y a pas d’activité cérébrale performante sans soutien du corps, le cerveau ne donne pas son maximum quand il n’est pas stimulé, c’est-à-dire irrigué correctement.

Quelques exemples des éveils corporels favoris des enfants:

Les massages

Certainement l’un des éveils corporels préférés de nos élèves ! Debout, en cercle, chaque enfant masse son camarade devant lui : épaule, dos, cou, toute la partie supérieure du corps est massée et détendue.

La bataille de mots

Debout de nouveau ! Cette fois, nous entrons davantage dans une activité intellectuelle puisque la bataille de mots consiste à dire chacun son tour un mot commençant par la lettre désignée. Les mots peuvent être dits en français et en anglais. Mais attention ! Si l’élève énonce un mot déjà formulé ou si il ne trouve pas dans le temps imparti, il s’assoit.

C’est ainsi que la lettre C a généré le plus long éveil corporel depuis le début de l’année !

Les percussions corporelles

Les éveils corporels sont le plus souvent menés par les élèves eux-mêmes.

Lorsque qu’Albane et Ana ont proposé des percussions corporelles à base de claquements de doigts, de tapes sur le thorax et de frappes dans les mains, elles ont été plébiscitées ! À l’aide d’onomatopées, tout le monde avait appris la chorégraphie en cinq minutes : BOUM, TIC, TAC. BOUBOUM, TIC, TAC. TIC, BOUM, TIC, TAC. BOUBOUM, TIC, TAC.

Le dé caché

Le principe est simple. Tous les élèves ferment les yeux et l’une des enseignante pose un dé quelque part dans la classe. Le dé n’est pas caché, il est visible. Lorsqu’ils rouvrent les yeux, les élèves partent à la recherche du dé. Dès que l’un d’entre eux l’a vu, il s’assoit, ne dit rien et regarde dans une autre direction pour éviter de donner un indice à ses camarades. On continue ainsi jusqu’à ce que tous les élèves aient repéré le dé. Cet exercice permet de focaliser l’attention de manière ludique.

Il y a aussi l’éveil vocal : Cécile, l’enseignante propose un ou plusieurs sons, des vocalises, des mots ou des phrases chantés ou articulés de différentes manières (chuchotements, allongement de voyelles, modulations, claquement de langue, etc.) et les enfants l’imitent. Cela se termine généralement par des fous-rires ou évolue en une véritable chanson.

Et bien sûr, parfois, plus classiquement, des exercices de yoga ou de respiration sont proposés en guise d’éveil corporel, que les enfants apprécient également.

Qu’en dit la science ?

Le corps est paradoxalement mis à l’écart dans les pratiques pédagogiques. Le modèle dominant de l’apprentissage reste encore largement celui de l’immobilité.

Les recherches montrent pourtant le lien étroit entre activité corporelle et apprentissage. Les chercheurs (Boswell et al., 1995, Jensen, 2005) ont démontré que le mouvement aide le cerveau et que ce dernier est un vecteur important de la vitalité du corps (Erickson et al., 2015).

Tous les pédagogues et tous ceux qui se préoccupent du développement de l’enfant aujourd’hui sont unanimes pour accorder toute sa place au corps, car la connaissance et la maîtrise de son corps tout comme les apprentissages sont indissociables.

Afin de motiver d’autant plus les élèves dans leurs apprentissages, il convient de passer par l’expression motrice et verbale, car cela permettrait de diminuer l’agitation des élèves et de favoriser l’attention (augmentation de la concentration et de la motivation) quand les élèves sont fatigués.

C’est ainsi qu’à la Lab School, au delà des éveils corporels quotidiens du matin, les élèves ont la possibilité de bouger régulièrement:

  • ils n’ont pas de place assise dédiée dans la classe et peuvent s’installer, selon leur préférence du moment, sur une chaise, un pouf, un tabouret culbuto ou par terre
  • les séquences pédagogiques sont assez courtes et dépassent rarement 40 minutes
  • des pauses régulières permettent aux élèves de se détendre, boire et manger ; ils peuvent aller librement aux toilettes
  • beaucoup d’activités sont proposées en autonomie, comme par exemple au moment du plan de travail où les enfants peuvent se déplacer pour aller chercher leur cahier, un livre, du matériel informatique, d’arts plastique, etc.

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