Qu’est-ce qu’une école bilingue ? Les choix de la Lab School Paris

 Le bi ou pluri-linguisme en contexte scolaire a fait l’objet de nombreux travaux de recherches, en particulier dans les pays reconnaissant plusieurs langues officielles ; certains travaux concernent également en France, à propos de l’enseignement des langues régionales.

S’il existe en France différentes formes d’enseignement des langues étrangères – enseignement des langues en primaire sur un temps dédié, par les professeurs des écoles ou des intervenants extérieurs, souvent des étudiants natifs, sections européennes au collège, ce qui peut correspondre à une augmentation des horaires de cours de langue et parfois, à des cours disciplinaires assurées dans la langue seconde -, encore rares sont les écoles qui portent un projet réel de bilinguisme – l’enseignement simultané dans deux langues, assuré par un-e ou le plus souvent deux enseignant-e-s.

C’est ce modèle qui a été adopté à la Lab School Paris, un modèle que la chercheuse Claudine Brohy qualifie d’immersion réciproque, et qui s’appuie, en plus du co-enseignement en deux langues, sur la présence dans la classe d’enfants dont les niveaux de maitrise linguistique du français et de l’anglais couvrent tout l’éventail possible : des francophones et anglophones exclusifs aux élèves bilingues, en passant par la maitrise variable de l’une ou l’autre langue en complément de la langue maternelle.

La principale contrainte liée à ce modèle d’immersion réciproque est la nécessité que deux enseignant-e-s soient en co-enseignement, la plus grande partie de la journée, afin de dispenser les contenus disciplinaires chacun-e dans sa langue principale, avec une traduction quasiment permanente, assurée par l’un-e ou l’autre ou l’un-e des élèves.

Compte tenu du taux d’encadrement choisi à la Lab School Paris (1 enseignant pour 15 enfants), et par ailleurs de l’intérêt pour la classe du co-enseignement d’une façon générale, nous disposons de cette possibilité.

La pédagogie du bilinguisme mise en œuvre à la Lab School Paris se fonde notamment sur des préconisations établies par Franco Calvetti (1991) :

  • une priorité donnée à l’oral, en particulier pour tout ce qui concerne les consignes et la gestion de classe, de façon à ce que les élèves comprennent rapidement dans les deux langues les demandes usuelles ; l’apprentissage est ici facilité par l’utilisation en contexte, dans des situations routinières.
  • le fait de mettre l’accent sur la communication fonctionnelle, dans des situations de classe authentiques
  • l’appui sur différents jeux, proposés par les enseignant-e-s et crées par les élèves, sur les chansons, et sur les outils et applications numériques (Kahoot, Brain Pop, Duolingo)
  • une approche qui stimule la comparaison entre les langues, du point du vue du lexique et de la syntaxe (mise en évidence de « situations de contrastes et d’analogie »), notamment à travers la traduction simultanée et l’étude concomitante d’œuvres et de leurs traductions (Harry Potter, Tom Sawyer, étudiés dans les deux langues par les plus âgés des élèves).

La composition de la classe permet également de renforcer et d’actualiser les apprentissages linguistiques, la « stimulation linguistique fournie par les pairs » ayant démontré son efficacité (Brohy, 2017). Les élèves sont encouragés à communiquer entre deux dans les deux langues, et, même si dans notre cas, l’enseignante anglophone donne la priorité à l’anglais la majeure partie du temps, les deux enseignantes et les intervenants veillent à échanger dans les deux langues avec les enfants, de façon aussi spontanée que possible.

Le co-enseignement disciplinaire permet aussi de proposer aux élèves des « des supports pédagogiques reflétant des cultures et des cultures éducatives différentes », ce qui, nous l’avons constaté à l’instar de Brohy, « suscite des discussions et des échanges entre les élèves ainsi qu’entre enseignantes et enseignants et élèves et agit ainsi sur la motivation et les représentations ».

Si, comme le souligne Brohy, à partir de sa revue de la littérature, l’immersion réciproque ne saurait reproduire l’acquisition naturelle de deux langues dans un milieu familial bilingue, il reste que « cette forme d’apprentissage informel, peu ou pas guidé, qui met l’accent sur une appropriation plus procédurale que déclarative, dans des situations de communication plus authentiques » est fortement distincte de la pédagogie classique pour l’enseignement des langues telle qu’elle est mise en œuvre en France à l’école primaire actuellement.

Au final, l’immersion réciproque permet d’offrir aux jeunes élèves un enseignement quantitativement supérieur – en « augment[ant] le temps d’exposition, c’est-à-dire les heures de contact avec la langue cible » – et qualitativement différent – avec davantage de « réflexion métalinguistique, de transferts de savoirs et de stratégies ». C’est donc bien « un apprentissage multimodal, par le biais de diverses sources, divers genres textuels, donc des styles et registres variés et des textes authentiques » (id.) qui est alors visé, et c’est que recouvre pour nous l’idée d’école bilingue.

Références

CALVETTI F. (1991), « Le bilinguisme à l’école primaire », Enfance  Année 1991  45-4  pp. 329-334

BROHY C. (2018), « L’immersion réciproque », in « Bonnes pratiques », www.educa.ch/fr

https://edudoc.ch/record/128358/files/Immersion_f_Theo.pdf, notamment la bibliographie très complète.

https://edudoc.ch/record/128358/files/Immersion_F_Bsp3.pdf

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