Inventer « l’école d’après » avec les élèves ?

Mis à jour : il y a 5 jours



Une période inédite


La crise sanitaire liée à la pandémie de la COVID-19 constitue un défi sans précédent pour les systèmes éducatifs du monde entier. Cette situation a amené des transformations rapides de la forme scolaire : les expériences d’apprentissage se sont déplacées en dehors des espaces et des horaires habituels, tandis que les enseignants faisaient preuve d’une capacité d’adaptation et d’un engagement sans faille pour inventer de nouvelles modalités d’enseignement.


Très rapidement, des chercheurs ont lancé des enquêtes pour tenter de saisir sur le vif la manière dont les familles, les élèves et les professionnels de l’éducation faisaient face à cette crise. Elle n’est pas encore terminée, mais il nous a semblé important, à la Lab School Paris, d’essayer d’intégrer ce que nous avions appris durant le premier confinement pour mettre en place, progressivement et avec prudence, de nouvelles modalités d’apprentissage.


Des aspects positifs au confinement ?


Une enquête a été menée au printemps 2020 dans le cadre du laboratoire BONHEURS de l’université de Cergy auprès d’élèves du CP à la terminale. Nous leur avions notamment posé la question « Pensez-vous retirer des éléments positifs de cette période ? ». L’analyse de leurs réponses a fait l’objet d’une publication dans le Café pédagogique. Plus de la moitié des participants avait répondu positivement, mettant notamment en avant le gain d’autonomie, l’amélioration de leur qualité de vie – diminution du stress, meilleure alimentation et rythme de sommeil plus adapté à leurs besoins –, la possibilité d’apprendre différemment, à leur rythme et de développer de nouvelles compétences – notamment informatiques –, la possibilité de passer davantage de temps en famille ou encore, une période propice à la réflexion et à l’introspection.


Même si ces réponses ne peuvent être considérées comme représentatives de la majorité des élèves en raison des modalités de diffusion du questionnaire – sur Internet et par des listes de diffusion –, elles peuvent être utilisées pour réfléchir et construire avec les élèves et les familles une école qui réponde le mieux possible à leurs besoins. Les résultats de notre enquête indiquent que les élèves les plus autonomes ont, dans l’ensemble, mieux vécu cette période que les élèves en difficulté. S’engager dans le travail scolaire sans l’étayage des enseignants et enseignantes ni la dynamique de la classe a été particulièrement difficile pour ces derniers, ce qui a contribué à amplifier les inégalités scolaires.





Poursuivre une partie des cours à distance après le confinement ?


À la question « Quand les établissements scolaires seront rouverts, aimerais-tu qu’une partie de l’enseignement continue d’être à distance ? », 52 % des élèves répondent positivement, en invoquant principalement la possibilité de conserver un rythme de vie plus souple : « Oui car cela nous aiderait à garder du temps pour nous à distance, à être moins angoissé qu’en classe avec tout le monde », « Il pourrait être intéressant d’avoir une ou deux journées par semaine où l’on fait des visio pour les avantages qui y sont liés évoqués plus tôt (dormir plus, simplement être chez soi) et pour des raisons écologiques liées aux transports. »


Si la fermeture totale des écoles durant une période prolongée a mis en grande difficulté un très grand nombre d’élèves, elle a pu se révéler bénéfique ou du moins ne pas avoir d’effet délétère chez certains. Des études auprès d’élèves à besoins éducatifs spécifiques montrent par exemple que certains enfants présentant un trouble de déficit attentionnel avec hyperactivité (TDAH) ont connu « soit un mieux-être soit un état général psychologique stable d’après leurs parents », ainsi qu’une diminution de l’anxiété (est) « mise en lien avec l’interruption de la scolarité présentielle et un rythme “sur-mesure” » (Bobo et al., 2020).


Une opportunité pour interroger la forme scolaire ?


Des voix se sont élevées pour inviter les acteurs éducatifs à envisager aussi les défis liés à la situation sanitaire comme une opportunité de repenser la forme scolaire, comme par exemple, Jean-François Cerisier, professeur à l’université de Poitiers, dans The Conversation : « Finalement, plutôt que d’essayer de reproduire à la maison l’école avec sa forme scolaire héritée de Condorcet, la pandémie de Covid-19 pourrait être et sera peut-être un magnifique laboratoire pour repenser l’école à l’ère du numérique. »


Lors de la mise en place du deuxième confinement au mois de novembre, les écoles sont heureusement restées ouvertes. À la Lab School Paris, afin de limiter les trajets dans les transports en commun, les cours du mercredi matin ont été dispensés à distance pour les collégiens entre les vacances de la Toussaint et celles de Noël 2020. Ainsi, la construction du commun et l’espace de sociabilité au sein de l’école étaient préservés, mais durant une demi-journée par semaine, il était possible d’éviter la fatigue et le stress liés aux transports ou à la vie en collectivité. Cela permettait de prendre en considération les retours positifs des élèves sur le confinement, tout en conservant les aspects bénéfiques de l’école en matière de lien social et d’apprentissages collectifs.


Le dispositif a été globalement plébiscité par les élèves, dont certains résident loin de l’école et passent par conséquent beaucoup de temps dans les transports. Le bilan a été plus mitigé du côté de l’équipe pédagogique : elle a constaté que cette organisation convenait parfaitement aux élèves les plus autonomes et les plus motivés, mais pas aux plus vulnérables, d’une part en raison des difficultés de connexion pour certains élèves, de l’autre du fait du manque d’engagement dans les apprentissages de ceux qui ont davantage besoin d’accompagnement. Nous nous étions bien assurés que tous disposaient d’un équipement leur permettant de suivre les cours, mais certains enfants ne maîtrisaient pas forcément très bien les outils numériques et leurs parents n’étaient pas toujours disponibles pour les aider. Par ailleurs, pour certains élèves, la tentation de couper le son ou l’image, de faire des blagues sur le chat ou de faire autre chose que de participer aux cours était trop forte pour leur permettre de bénéficier du dispositif.


Après les vacances de Noël, l’équipe a pris la décision de proposer deux options pour le mercredi matin :

  • un plan de travail pouvant être effectué à distance pour les élèves les plus autonomes ;

  • l’accueil en classe d’un effectif réduit permettant à ceux qui en ont le plus besoin de bénéficier d’un accompagnement individualisé.

Cinq conditions doivent être remplies pour travailler à distance le mercredi matin :

  • le souhait d’avancer sur le plan de travail de chez soi ;

  • avoir démontré sa capacité à travailler en autonomie ;

  • avoir une maîtrise suffisante de l’anglais (et de l’espagnol pour les hispanisants) qui permette de se passer de l’interaction en présentiel ;

  • disposer d’un matériel informatique permettant d’envoyer les travaux en fin de matinée aux enseignantes ;

  • l’accord des parents et un engagement à accompagner l’enfant dans sa démarche (suivi de la progression à la maison, aide pour l’envoi des devoirs si nécessaire).


Les élèves ne remplissant pas toutes les conditions viennent à l’école comme les autres jours afin de ne pas risquer d’accumuler du retard. Différencier les modalités d’accueil des élèves vise à répondre au mieux aux besoins de chacun en s’inspirant aussi de la réflexion des chercheurs. Dans un ouvrage intitulé Construire ensemble l’école d’après (Connac, Léon et Zakhartchouk, 2020), le sociologue François Dubet rappelle ainsi la valeur de l’école en présentiel, « parce qu’elle est le lieu de la vie sociale, des amitiés, de l’expression de soi et de ses goûts, parce que la vie scolaire permet de grandir et de s’affirmer à l’écart de ses parents et, parfois, de ses enseignants ». Mais il se demande aussi s’il est possible de « faire l’école autrement (…) pour y travailler d’une autre manière (…) et que toute une partie du travail scolaire se fasse de manière virtuelle à la maison ou à l’école ». Alors, suggère-t-il encore, « le temps de l’école à l’école pourrait être utilisé pour faire autre chose et, d’abord, pour faire quelque chose. (…) pour la majorité des collégiens, des lycéens et des étudiants français, l’essentiel du temps scolaire consiste à prendre des notes, à apprendre des leçons et à se préparer aux évaluations. Le travail collectif reste extrêmement rare (…). De ce point de vue, les élèves ne font rien ou pas grand-chose : ils apprennent les sciences, mais n’en font pas beaucoup ; ils apprennent la littérature mais n’écrivent pas et ne font pas de théâtre ; ils doivent avoir des idées, mais n’en discutent pas. Non seulement l’idée de faire quelque chose n’est pas très vivante dans la culture scolaire française, mais elle a du mal à se couler dans le module homogène de la classe. »


Ce n’est d’ailleurs généralement pas l’envie de faire l’école « autrement » qui manque ni les idées ! Mais les enseignants et enseignantes sont soumis à des contraintes telles que la nécessité de boucler les programmes ou celle de préparer les élèves aux évaluations. Ils font donc des compromis.


Cette nouvelle organisation du mercredi à la Lab School Paris a pour objectif de permettre à chacun d’apprendre à son rythme de la manière la plus efficiente possible afin de préserver des moments pour « faire » des choses ensemble en classe. Elle sera évaluée aussi bien du point de vue des élèves, que des parents et des enseignantes d’ici les vacances de Pâques afin de voir si cette adaptation inspirée par l’expérience du confinement s’avère concluante et bénéfique pour le plus grand nombre.







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