À la découverte des émotions (4) : Dans le corps et le cerveau

Mis à jour : avr. 8

Que se passe-t-il en nous lorsqu’une émotion survient ? Un processus émotionnel est constitué de différents éléments : un changement de posture ou d’expression faciale (mimique, intonation de la voix, geste, etc.), une évaluations cognitive, des réactions physiologiques (modification du rythme cardiaque, du flux sanguin…), des tendances à l’action (attaque, évitement, fuite…) et l’expérience subjective, c’est-à-dire ce qu’on pense ou dit ressentir. L’ensemble des sous-systèmes du fonctionnement organique est donc concerné : cognition, régulation physiologique, motivation, expression motrice, sentiment (Schereret al., 2001).



Au cours d’une journée, nous sommes soumis à de nombreuses stimulations. Elles peuvent être, par exemple, de nature visuelle, comme une araignée dans notre chambre, ou auditive, comme des éclats de rire d’enfants dans la cour de récréation, et sont susceptibles de provoquer différents types d’émotions, plaisantes ou non. Toutes les stimulations ne donnent pas naissance à une réaction émotionnelle et la manière dont nous y réagissons varie selon les personnes et selon le contexte.


Depuis 25 ans environ, de nombreux travaux réalisés en neurosciences, notamment par le biais de la neuro-imagerie permettent de mieux savoir ce qui se passe dans le cerveau lorsque nous éprouvons une émotion. Les chercheurs ont notamment tenté de mettre au jour des circuits neuronaux associés aux émotions et se sont intéressés tout particulièrement à celui de la peur. Leurs études ont permis de mettre en évidence le rôle fondamental de l’amygdale cérébrale (du latin amygdala, qui signifie « amande », à ne pas confondre avec l’amygdale située dans la gorge) dans le traitement des émotions primaires. L’amygdale est une structure du système limbique. Elle est connectée à d’autres structures cérébrales impliquées dans les mécanismes émotionnels, notamment le cortex associatif – la zone du cerveau impliquée dans le traitement de l’information. L’amygdale joue un double rôle. Lors de la perception d’un stimulus, elle permet la centralisation de l’information puis la renvoie à d’autres structures cérébrales, comme le cortex cérébral ou l’hippocampe.


En cas d’alerte, l’information est envoyée à l’hypothalamus, qui enclenche les réactions physiologiques permettant de réagir dans l’urgence, comme par exemple un afflux de sang dans les membres inférieurs pour favoriser la fuite ou l’attaque. L’information est également transmise au cortex pré-frontal. Cette partie du cerveau, siège des fonctions cognitives, permet d’analyser la situation et, le cas échéant, d’en modifier la perception.


La peur emprunte deux circuits cérébraux. Le circuit dit « court » où l’information va du thalamus vers l’amygdale et le circuit « long » où l’information transite du thalamus vers le cortex sensoriel avant de rejoindre l’amygdale. La transmission de l’information se fait en parallèle dans les deux circuits. L’information qui passe par le circuit court mène à une réaction plus rapide mais sans la reconnaissance fine du stimulus qui la déclenche. Ce circuit permet d’avoir une réaction rapide en cas de danger.  Le circuit long au contraire, de par le passage de l’information dans le cortex sensoriel, permet de fournir une analyse plus détaillée du stimulus (LeDoux et Bemporad, 1997 ; LeDoux, 2005) .


C’est ce qui peut expliquer, par exemple, qu’en voyant de loin un objet de forme sinusoïdale sur un chemin, on puisse être effrayé en la prenant dans un premier temps pour un serpent et se préparer à fuir ou à se figer sur place, avant de constater qu’il s’agit simplement d’une corde. Notons que, parfois, cette activation est mobilisée de façon excessive. C’est le cas, par exemple, de personnes phobiques ou anxieuses qui concentrent leur attention sur toute source potentielle de danger.




Toutes les émotions provoquent des modifications physiologiques. Certaines sont communes à plusieurs émotions, comme l’accélération du rythme cardiaque quand nous sommes en colère ou excités. D’autres diffèrent suivant les émotions. Par exemple dans le cas de la honte, nous pouvons avoir une augmentation du flux sanguin au niveau du visage qui nous fait rougir, alors qu’en cas de peur, le flux sanguin quitte le visage pour alimenter les membres inférieurs et c’est pourquoi l’on devient pâle lorsqu’on a peur. Au niveau de l’activation cérébrale, l’expérience émotionnelle est associée à un patron commun, mais chaque émotion présente des motifs particuliers (Belzung, 2015) et elles sont diversement ressenties au niveau corporel. Une étude de 2014 réalisée avec 701 participants a ainsi permis d’observer les différentes zones du corps affectées par différentes émotions. Ils ont notamment trouvé que la colère est ressentie principalement dans toute la partie supérieure du corps, la peur également, excepté au niveau des bras, tandis que la joie est perçue dans l’ensemble du corps (Nummenmaa, Glerean, Hari, & Hietanen, 2014).


On peut distinguer trois phases dans l’expression corporelle des émotions : la première phase correspond à la préparation du corps, c’est-à-dire sa « mise en tension ». Dans le cas de la colère, par exemple, il y a production de testostérone, les muscles se contractent et le rythme cardiaque accélère : la colère « monte » dans le corps. La deuxième phase est celle de la stabilisation de la tension et la dernière celle de la libération de la tension. C’est au cours de cette phase que l’émotion s’exprime. Dans le cas de la colère, l’émotion peut se manifester par des cris, des gesticulations ou des coups. La phase d’extériorisation est importante car, sans elle, l’émotion, et par conséquent la tension, restent dans le corps (Boscaini & Saint-Cast, 2010). Chez certains enfants, cela peut aller jusqu’à causer des troubles du tonus musculaires (Berges, 1995). L’expression des émotions au niveau corporel est aussi importante pour le développement de l’enfant car elle l’aide à avoir une représentation stable de son corps et lui permet de ne pas rester enfermé dans ses émotions (Chadzynski, 2009). La manière dont notre cerveau traite les émotions varie également selon l’âge car les aires cérébrales se développent et les réactions varient en fonction de la maturité du cerveau, ainsi que nous le verrons dans le chapitre suivant. Toutefois, exprimer ses émotions ne veut pas dire les exprimer de n’importe quelle manière et il revient aux adultes d’accompagner les enfants pour les aider à trouver progressivement des moyens appropriés de les exprimer, qui permettent de les extérioriser sans se nuire à soi-même ni nuire à autrui. Savoir ce qui se passe lorsqu’une émotion est ressentie peut permettre de mieux comprendre nos propre réactions et celles des autres, et par conséquent d’y réagir de façon appropriée.


On voit que les émotions sont des phénomènes très complexes résultant d’interactions entre des facteurs physiologiques et divers facteurs sociaux et culturels liés à notre environnement. Le langage joue un rôle majeur dans l’expression des émotions, mais le corps y participe également : les attitudes non-verbales – posture du corps, contact visuel, mouvements, rythme de parole et timbre, volume et ton de la voix, expression du visage – laissent transparaître nos émotions et contribuent à la compréhension du message que l’on transmet à hauteur de 55 % à 80 % selon les études (Barrière-Boizumault, 2013 ; Mehrabian, 1972). L’expression corporelle des émotions se traduit notamment par la mise en place ou l’arrêt d’une action (courir, se figer sur place) et par des changements de postures et d’expressions faciales qui diffèrent suivant l’émotion ressentie.


Même si les chiffres sont contestables, l’importance de la communication non-verbale dans les interactions en classe ne peut être mise en doute. Cette dimension n’est que rarement prise en considération dans le cadre de la formation des enseignants et fait rarement l’objet d’une analyse réflexive de leur part, alors même que des études montrent que la prise de conscience et un travail personnel sur les attitudes non-verbales peuvent contribuer à améliorer le climat d’apprentissage et les relations avec les élèves (Barrière-Boizumault, 2013).


Toutes les références bibliographiques se trouvent sur cette page.

Retrouvez les précédents épisodes : (1) Qu’est-ce qu’une émotion ? (2) Un peu d’histoire (3) Un fait social

Les différents articles ont été rédigés par Pascale Haag (EHESS, BONHEURS, LSN) et Lisa Cognard (université Paris Diderot, CRI, LSN).

Un grand merci à Margot Le Lepvrier pour les illustrations


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