Les compétences socio-émotionnelles (soft skills) à l’école

Dernière mise à jour : 2 oct. 2021



Forces de caractère, soft skills, life skills, compétences psycho-sociales ou socio-émotionnelles, compétences de vie, compétences douces… Autant de termes que l’on retrouve dans d’innombrables contextes !


Dans l’Éducation nationale également, l’importance des compétences socio-émotionnelles est soulignée de plus en plus fréquemment, sans pour autant se substituer aux compétences académiques. Des compétences telles que la coopération, la créativité, la communication, la critique constructive et l’empathie devraient ainsi faire l’objet d’un enseignement explicite au même titre que les mathématiques, les langues, les sciences ou les arts. Cédric Villani et Charles Torossian voient ainsi comme essentiel, dans les 21 mesures pour l’enseignement des mathématiques en France, de cultiver la curiosité, la créativité et plaisir dans l’activité mathématique car « l’apprentissage n’est pas une opération purement intellectuelle ». D’après l’Organisation mondiale de la santé (OMS), ces « compétences de vie » ont un effet sur la capacité des individus à ne pas s’engager dans des conduites à risques pour la santé, à adopter des comportements positifs et des relations saines.


D’après Peterson et Seligman (2004), deux grands noms au fondement de la psychologie positive, les « forces de caractère » (character strengths), parfois appelées aussi « ressources personnelles », correspondent aux « tendances à agir, penser, ressentir dans l’optique de bénéficier à l’individu ou à la société ». Elles sont souvent désignées sous le nom de soft skills (« compétences douces ») par opposition aux hard skills que sont, dans le contexte scolaire, les compétences académiques. En effet, les forces de caractère – en particulier l’espoir, l’enthousiasme, la gratitude, l’amour et la curiosité – sont positivement corrélées avec le bien-être ou satisfaction de vie (Park, Peterson et Seligman, 2004). Il faut également savoir que les forces de caractère sont dynamiques et susceptibles d’évoluer, c’est-à-dire qu’à l’aide d’interventions, il est possible de les cultiver et de les développer.


Les ressources personnelles comme moteur de réussite scolaire

Park, Tsukayama, Goodwin, Patrick & Duckworth (2017) se sont intéressés aux ressources personnelles ou forces de caractère des enfants en contexte scolaire. L’équipe de chercheurs a collaboré avec des enseignants pour déterminer, à partir de la liste établie par le VIA Institute on character, celles qui étaient les plus pertinentes par rapport à la réussite scolaire. Un questionnaire a ensuite été développé, qui comprend une version destinée à l’auto-évaluation (par l’enfant) et une version destinée à l’hétéro-évaluation par les enseignants ou les parents. Il est important de noter que ce questionnaire doit être considéré comme un outil pédagogique destiné à favoriser les échanges, à permettre aux enfants de mieux se connaître et de suivre leur propre évolution au fil du temps. Il ne s’agit en aucun cas d’un outil destiné à un diagnostic quel qu’il soit.


Pour Park et ses collègues, ces compétences seraient organisées en trois dimensions, associées à des comportements et des résultats scolaires différents : interpersonnelle, intrapersonnelle et intellectuelle. La dimension interpersonnelle, ou la « conscience sociale », correspond, par exemple, à l’empathie, à la tolérance et aux compétences relationnelles. La dimension intellectuelle, qui désigne un attrait pour l’apprentissage, est à différencier des habiletés cognitives qui correspondent à la capacité à apprendre facilement et rapidement. En effet, une personne peut être cultivée et talentueuse tout en étant paresseuse, hâtive, malhonnête, arrogante, négligente ou fermée d’esprit. Enfin, la dimension intrapersonnelle se réfère à la conscience de soi (évaluation de ses sentiments, intérêts et valeurs) et à la capacité à se fixer des objectifs à atteindre et à s’auto-réguler (self-management).


Pourquoi s'intéresser à ces ressources ?

En plus d’améliorer le bien-être, les forces de caractère s’avèrent être une variable efficace pour prédire les performances académiques, indépendamment du niveau de QI et du niveau socio-économique. Si le niveau de QI et le niveau socio-économique peuvent être des indicateurs relativement stables tout au long de la vie, les forces de caractère, elles, sont susceptibles d’évoluer. Les développer peut constituer une voie pour estomper les inégalités sociales et favoriser la réussite académique des individus issus des milieux les plus défavorisés.

La collaboration entre chercheurs et enseignants peut permettre de développer des outils et des supports construits sur une base scientifique, afin d’accompagner le développement des enfants en s’inspirant d’approches qui ont donné des résultats probants et, le cas échéant, en les adaptant au contexte culturel et social qui est le leur.


Le choix de cette étude

Dans la majorité des recherches menées dans le domaine de l’éducation, les chercheurs déterminent des objectifs à leur étude, posent des hypothèses, construisent des protocoles et recueillent des données. La particularité de la recherche que nous avons choisie est sa construction autour d’une collaboration entre chercheurs et éducateurs. Il est en effet essentiel que la recherche sur l’éducation implique des échanges entre universitaires, spécialisés dans la théorie et la méthodologie de recherche, et praticiens de l’éducation, qui sont en permanence au contact des élèves et comprennent davantage leur quotidien.

Par ailleurs, les données qui ont été recueillies dans cette recherche proviennent de deux types d’évaluation : une auto-évaluation (par les élèves eux-mêmes) et une hétéro-évaluation (par les enseignants). De cette façon, les données sont plus riches du fait de la possibilité de mise en regard, et cela permet de réduire le biais de dési