Arts et democratie en actions

Dernière mise à jour : 30 déc. 2021




Le projet Émotions, arts, compétences du XXIe siècle et démocratie à l’école, dans lequel sont impliqués cette année la Lab School Paris et l’EHESS, s’inscrit dans le cadre du projet Erasmus+ LabSchoolsEurope : recherche participative pour une éducation démocratique.


Sur le plan de la recherche, il s’agit dans un premier temps d’effectuer un état de l’art sur la notion de démocratie à l’école en nous intéressant en particulier aux pratiques pédagogiques qui favorisent sa mise en œuvre dans le cadre scolaire. Ce travail se prolongera par l’organisation d’une journée d’étude, le lundi 20 juin 2022, à Paris.


En parallèle, une recherche-action participative est menée tout au long de l’année à l’échelle de la Lab School Paris sur le développement des compétences socio-émotionnelles ou soft skills. Ces dernières sont en effet indispensables pour participer efficacement et de manière appropriée à une culture de la démocratie : un rapport du Conseil de l’Europe publié en 2016 propose ainsi un modèle conceptuel des compétences que les élèves doivent acquérir pour participer efficacement à une culture de la démocratie et vivre pacifiquement avec les autres dans des contextes culturels divers.





L’aboutissement de ce travail prendra la forme d’un spectacle conçu avec les élèves, qui sera présenté à l’issue de la journée d’étude. Cette création est accompagnée par la compagnie Faenza. Une première rencontre a eu lieu le jeudi 16 décembre, lors de notre journée thématique consacrée à la musique.


Le matin, le luthiste, théorbiste et chanteur Marco Horvat, directeur de Faenza, est venu à la rencontre des élèves pour leur présenter ses instruments, leur faire découvrir son répertoire de prédilection et chanter avec eux quelques airs baroques. Marco a un riche parcours musical, il n’hésite pas à s’éloigner des sentiers battus et à partir à la découverte des musiques anciennes par des chemins de traverse : après avoir passé quatre ans à étudier la musique de l’Inde du Sud avec la chanteuse Aruna Sairam, puis les musiques du Moyen Âge et de la Renaissance à la Schola Cantorum de Bâle avec Dominique Vellard et Bob Crawford Young, il a intégré différents ensembles tels que Gilles Binchois, Alla Francesca, La Simphonie du Marais, XVIII-21, Akademia, La Grande Ecurie et la Chambre du Roy, William Byrd, Huelgas Ensemble, Le Poème Harmonique, Artaserse, avant de créer l’ensemble Faenza en 1996.




L’après-midi, un petit groupe de collégiens volontaires s’est réuni avec Marco et Pascale, la fondatrice de l’école, pour une première séance de « brainstorming » sur ce spectacle à venir. Pas facile de partir d’une page blanche ! Pascale commence par expliquer l’objectif du projet : permettre de développer, à travers des activités intégrées aux apprentissages scolaires, différentes compétences dont la recherche montre l’importance, au moins égales aux compétences et connaissances classiquement enseignées dans les programmes : la créativité, l’esprit critique, la collaboration, l’esprit d’initiative, l’empathie, le sentiment d’efficacité personnelle, etc. Comme la notion de démocratie est centrale dans le projet LabSchoolsEurope, il est important que les élèves puissent faire entendre leur voix dans l’élaboration d’une performance qui permette d’orienter ces activités vers un but commun, à l’échelle de l’école tout entière.



La création de ce spectacle prend pour point de départ les Fables de La Fontaine, qui sont au cœur de l’un des spectacles de Faenza, Eh bien, chantez maintenant ! Marco fait part au groupe de travail de son expérience de la création de ce spectacle. Il souligne notamment le caractère actuel du genre de la fable : elles sont un héritage du passé – pas seulement européen, d’ailleurs –, mais on peut se demander comment elles résonnent encore pour nous aujourd’hui, quels sont les thèmes qui restent d’actualité, et ce que nous pourrions avoir envie d’en faire à la Lab School, en l’adaptant à notre environnement. Les élèves soulignent la diversité des langues et des cultures de notre école, et toutes sortes de pistes possibles sont évoquées : écrire de nouvelles fables – ou d’autres textes – sur des questions qui les préoccupent aujourd’hui, comme la protection de la planète, les discriminations, le genre et le droit à la différence, la santé mentale, l’attention, la vie et la mort ; utiliser des instruments de musiques modernes pour mettre les écrits produits par les élèves en musique ; s’inspirer de comédies musicales et les chorégraphier ; faire des vidéos stop motion… Les élèves ont des choses à dire : le spectacle sera engagé ou ne sera pas !


Une réflexion sur la forme s’engage : en pratique, compte tenu de la situation sanitaire, le plus réaliste est de prévoir un spectacle en trois parties – une par groupe classe – sans prévoir de mélanger les élèves. Cela facilitera aussi la poursuite du projet en classe tout au long de l’année. Tous les enfants seront amenés à contribuer, chacun et chacune selon ses aspirations et ses talents, avec l’aide des enseignants et enseignantes, et d’artistes. Seuls celles et ceux qui le souhaitent monteront sur scène, d’autres pourront écrire des textes, les mettre en musique, réaliser des décors, des costumes, des marionnettes, des chorégraphies, des vidéos, préparer un budget, des affiches, s’occuper des éclairages, etc. Chaque classe pourra ainsi, dès le mois de janvier 2022, réfléchir aux thèmes à aborder et en définir un qui servira de trame aux différentes réalisations. Le travail mené depuis le début de l’année sur les animaux et sur la démocratie se poursuivra et des ateliers d’écriture seront organisés afin de disposer à la fin du mois de février d’un corpus de propositions variées à partir desquelles construire le spectacle. Les parents artistes – écrivains, musiciens, comédiens – seront bien évidemment mis à contribution ! Différents lieux sont envisagés. Un contact est établi avec le Théâtre de l'atelier.



Assez parlé, passons à l’action ! Dans la seconde partie de notre « tempête de cerveau », Marco propose un « jogging d’écriture » : chaque participant écrit sur un petit papier des noms d’objets ou d’animaux et les met dans un panier, puis une morale de fable ou un proverbe qu’il glisse dans un chapeau. Chacun pioche au hasard deux ou trois papiers de personnages – « le chat et le robinet », « le crapaud et le cactus », ou encore, « l’hiver et le vaccin » – et une morale telle que « Existing is enough, as long as you’re a cat » ou « la culture, c’est dur, sans confiture » ! Et c’est parti : 10 minutes top chrono pour inventer une fable, ou un autre texte court, car le genre de la fable n’inspire visiblement pas tous les participants !


Une journée bien intense ! Les jalons sont posés… Suite au prochain numéro !